Ce que l'IA change vraiment pour les ESN : 4 questions soulevées lors de La Grande Soirée des ESN

Stratégie

Cet article s'appuie sur les échanges du Before Connect de La Grande Soirée des ESN, organisée le 25 juin par Boond et Opteamis au Théâtre de la Renaissance.

Écrit par
Sarah Lorier
Depuis 14 ans dans l'édition de logiciels, je m'attache à rendre la technologie utile et humaine : faciliter l'accès aux meilleures pratiques, accompagner les utilisateurs dans leurs métiers et leur partager des contenus de formation qui créent du lien et de la valeur.

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Cet article s'appuie sur les échanges du Before Connect de La Grande Soirée des ESN, organisée le 25 juin par Boond et Opteamis au Théâtre de la Renaissance. Un talk d'Antoine Bordas (Head of Lean Tech Advisory chez Theodo) sur le Lean IA, puis une table ronde de 40 minutes animée par Sandrine Trapletti (Advisor Boond), "IA & ESN : opportunité business ou révolution métier ?", avec :

Gabriela Fabryova (facilitatrice graphique) a illustré chaque intervention en direct sur une fresque.

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Sur l'IA, le secteur du conseil n'a pas manqué de tribunes ces deux dernières années. Ce qui a manqué, en revanche, c'est un vrai débat, avec des désaccords assumés plutôt que des éléments de langage rassurants. C'est ce qu'on a cherché à provoquer lors de ce Before Connect, et le résultat est plus riche qu'un simple consensus sur "l'IA va tout changer" : le secteur se dispute déjà sur l'ampleur et la vitesse du changement, pas sur son existence.

Chez Boond, on accompagne chaque jour des ESN et sociétés de conseil qui se posent les mêmes questions. Voici les quatre débats qui sont ressortis de cette soirée, avec leurs consensus et leurs vrais désaccords.

L'IA sert-elle à produire plus vite, ou à autre chose ?

Un chiffre a fait consensus dans la salle : 2 500 milliards de dollars investis dans l'IA au niveau mondial, plus que le plan Marshall, pour seulement 6 % des entreprises qui déclarent un impact significatif sur leur profit. Personne n'a remis en cause le diagnostic : ce n'est pas un problème d'adoption (80 % des entreprises utilisent déjà l'IA), c'est un problème de circulation du savoir, enfermé dans des silos et des systèmes legacy.

Antoine a illustré ce constat avec l'histoire de Toyota chez Valeo dans les années 1990. Le sensei envoyé par Toyota ne s'attaque pas d'abord à la productivité, et le résultat immédiat est même une baisse de rendement. Ce n'est qu'au bout de trois ans, en résolvant des problèmes concrets ensemble, qu'opérateurs et ingénieurs conçoivent un phare utilisant 30 % de plastique en moins.

Le vrai secret de Toyota n'était donc pas un système de production, mais un système d'apprentissage. Chez Theodo, ce principe appliqué à l'IA sur des projets de modernisation a permis de livrer en 21 semaines un programme estimé à 70 semaines, avec des gains de x3 à x10 sur certaines migrations.

Le point de consensus :

L'avantage concurrentiel durable ne vient jamais de la technologie elle-même, mais de la capacité d'une organisation à apprendre plus vite que ses concurrents. Et l'IA est la première technologie de l'histoire qui agit directement sur cette capacité d'apprentissage. Ce cadrage a servi de socle commun à toute la suite des échanges, y compris quand les avis se sont ensuite opposés : les ESN qui gagneront demain ne seront pas celles qui déploieront le plus d'IA, mais celles qui la transformeront le mieux en intelligence collective.

Antoine Bordas de Theodo lors de la grande soirée des ESN
Fresque réalisée par Gabriela Fabryova

La régie va-t-elle disparaître ?

Un premier camp a défendu la continuité : la fin de la régie est un mythe qu'on annonce depuis 25 ans, les clients apprécient le confort de l'assistance technique, et l'IA accélère les projets sans changer le fond du modèle.

À l'opposé, un autre camp a défendu une bascule radicale vers la facturation à la valeur ou à la tâche, à l'image d'un plombier payé pour la fuite réparée et non pour les heures passées. Argument choc posé sur la table : un appel d'offres gagné avec deux ingénieurs augmentés en France contre douze développeurs offshore, preuve que le temps facturé n'a plus de sens pour des tâches rapides, et que ce modèle n'est juste ni pour l'ESN ni pour le client.

Entre les deux, une position intermédiaire a émergé : le temps facturé ne disparaît pas, mais son contenu change. Le TJM devrait mécaniquement augmenter, parce qu'un consultant équipé d'IA travaille avec la puissance de plusieurs experts. Et de nouvelles missions apparaissent, notamment autour du contrôle des hallucinations, l'IA se trompant avec beaucoup d'assurance.

Ce qui a fait consensus malgré tout :

Personne ne facturera demain comme aujourd'hui. Les clients eux-mêmes accélèrent le mouvement, en questionnant les pratiques IA des prestataires dans leurs appels d'offres.

Ce qui reste en tension :

La vitesse et l'ampleur du changement. Certains anticipent une transition douce autour du TJM, d'autres une rupture de modèle complète.

Fresque réalisée par Gabriela Fabryova

Comment former des juniors si l'IA fait le travail à leur place ?

Deuxième vrai clivage, limite un désaccord frontal.

D'un côté, une inquiétude sincère : si l'IA va directement au résultat, le chemin d'apprentissage qui formait les juniors disparaît avec lui, dans un contexte d'appauvrissement plus large du savoir collectif, à mesure que les forums d'entraide communautaires se vident.

De l'autre, une voix a explicitement qualifié cette inquiétude de faux débat : l'avenir n'appartiendrait plus au profil expert d'un seul domaine, mais à un profil transverse, curieux, capable de challenger le contexte donné à un agent IA. Dans cette logique, certaines ESN vont déjà loin, en formant des profils venus d'autres disciplines aux agents IA, l'expertise technique pure n'étant presque plus un frein au recrutement.

Ce qui a fait consensus, en creux :

La fatigue mentale. Là où les avis divergeaient sur le risque pour les compétences, tout le monde s'est retrouvé sur un point moins débattu mais plus inquiétant : la montée en compétence, autrefois linéaire, devient exponentielle, et les signaux de saturation apparaissent déjà dans les équipes. Un collaborateur reçoit désormais chaque matin un volume d'informations digne d'un chef d'État.

Ce qui reste en tension :

Faut-il s'alarmer de la perte des schémas de pensée classiques, ou l'accepter comme le prix normal d'un nouveau modèle de compétence ?

Fresque réalisée par Gabriela Fabryova

Nos clients vont-ils bientôt se passer des ESN ?

Sur la question existentielle, les avis se rejoignent davantage, mais avec un curseur différent sur l'urgence.

Personne dans la salle n'a défendu l'idée d'une désintermédiation totale et rapide. Le mythe du client qui remplace un système avec "deux prompts" s'effondre dès qu'il faut industrialiser à grande échelle sans droit à l'erreur. La sécurité (shadow IT, vulnérabilités cachées dans du code généré par IA) et la souveraineté des données face aux clouds étrangers ont été citées comme des digues solides, pas des arguments de circonstance.

Le point de friction :

Le degré d'urgence. Une position a été plus tranchante que les autres, affirmant qu'une collision est déjà en cours entre éditeurs de logiciels et sociétés de conseil, et que les ESN qui restent attentistes vont mourir. D'autres ont insisté davantage sur les protections encore solides (inertie des grands comptes, jusqu'à un an pour faire autoriser un LLM en interne) que sur le risque immédiat.

Ce qui a fait consensus :

La condition de survie n'est pas de résister au changement, mais de changer d'échelle. Livrer plus vite ne suffit pas si toute l'organisation, du business au delivery, n'est pas capable d'absorber davantage de projets derrière.

Fresque réalisée par Gabriela Fabryova

En synthèse : personne ne nie l’impact

Ce qui frappe, ce n'est pas que le secteur soit d'accord sur l'IA. C'est qu'il se dispute sur des bases solides : personne ne nie l'impact, le débat porte sur son intensité et sa vitesse. Dans les quatre cas, la vraie variable qui revient, consensuelle celle-là, c'est la capacité de l'organisation à structurer et faire circuler son savoir, ses données, ses apprentissages. Work Smart, Grow Fast n'a jamais été aussi littéral.

Et Boond dans tout ça ?

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