En France, le télétravail prend lentement place dans les entreprises. Des freins demeurent. Pourtant le télétravail procure de nombreux avantages. Qu’en est-il dans les entreprises de service du numérique ? Ce mode de travail s’avère-t-il compatible avec les métiers du conseil et de l’ingénierie ?

Le télétravail en ESN, SSII, société de conseil

Le télétravail est freiné en France par des facteurs plus culturels qu’organisationnels et légaux.

Si les employeurs prétextent souvent que la mise en place du télétravail ou d’une approche flexible du travail dans l’entreprise serait génératrice de coûts à court et moyen terme, différentes études en sociologie du travail mettent l’accent sur d’autres motifs, davantage culturels et moins avouables. Par exemple, l’absence du salarié dans les locaux de l’entreprise soustrairait la personne au contrôle de l’employeur.

La culture française du présentéisme a la dent dure. Dans les esprits, beaucoup de salariés au-delà de 40 ans craignent d’être considérés comme non productifs lorsqu’ils ne travaillent pas au bureau. Encore beaucoup de patrons pensent que lorsqu’un collaborateur n’est pas présent dans l’entreprise, il ne travaille pas ou peu.

La mise en place du télétravail doit donc s’accompagner d’un changement de culture managériale et de responsabilisation des collaborateurs, d’une évolution dans la relation de confiance, et implique de raisonner en termes d’objectifs réalisés et non de temps passé au bureau.

Le télétravail impose le management par objectif

Par ailleurs, un cadre légal existe en matière de télétravail en France (Accord National Interprofessionnel étendu en 2006), mais il n’est pas aussi abouti que dans les pays scandinaves.

 

Le télétravail peut contribuer à une meilleure qualité de vie professionnelle et personnelle sans réduire l’efficacité au travail.

Le fait de pouvoir travailler de chez soi permet indubitablement de passer moins d’heures dans sa voiture ou dans les transports en commun. Ce temps libéré permet de diminuer la fatigue de la journée et d’être davantage concentré sur son travail. Si tous les télétravailleurs ne font état pas d’une augmentation de l’efficacité, a contrario travailler à domicile ne la fait pas baisser. Autrement dit, on ne travaille peut-être pas mieux à la maison, mais ce n’est pas pire qu’au bureau, contrairement à ce que pourraient redouter de nombreux employeurs.

Le télétravail permet une vie plus équilibrée entre travail et vie privée
Et le télétravail a également le mérite d’apporter de la souplesse dans nos vies frénétiques modernes. Il tendrait même à réduire l’absentéisme.

 

Le télétravail attire et fidélise les collaborateurs en ESN.

L’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est aujourd’hui très recherché par les nouvelles générations, nées dans la mouvance de la mobilité et des nouvelles technologies.

La qualité de vie au travail apportée par le télétravail, avec ce qu’elle laisse comme possibilité en termes de disponibilité personnelle et d’esprit en dehors des murs de l’entreprise, est un des facteurs de motivation et de fidélisation du salarié, ainsi qu’un critère d’attractivité lors du recrutement.

Le télétravail attire et fidéliser les collaborateurs en ESN

Si tout le monde n’est pas fait pour le télétravail (certains collaborateurs peuvent rencontrer des difficultés d’autorégulation), 59 % des salariés en France souhaiteraient pouvoir télétravailler selon un sondage réalisé par Odoxa1 et Syntec Numérique en 2016.

 

Avec le télétravail, il faut être vigilant de ne pas déshumaniser l’entreprise et ne pas empiéter sur la vie personnelle.

Aussi séduisant soit-il, le télétravail mal géré peut être source d’envahissement ou de déstructuration de la vie privée, ainsi que de déshumanisation dans les relations de travail.

C’est pourquoi il est important de former et d’accompagner les nouveaux télétravailleurs.
La liberté que procure le télétravail dans l’organisation personnelle au quotidien impose parfois à l’employeur de fixer un cadre et une hygiène de vie professionnelle, par exemple inciter ou empêcher les collaborateurs à ne pas travailler le soir après 20 h et les week-ends.

Le télétravail ne doit pas empiéter sur la vie personnelle
À l’inverse, l’absence de différenciation entre lieu de travail et domicile peut enfermer le télétravailleur dans une routine casanière, contraire à l’esprit même de liberté, d’ouverture et de mobilité inhérent à ce mode de travail. L’employeur peut alors inciter le collaborateur à pratiquer des activités sportives et culturelles, de nature à obliger le télétravailleur à avoir une vie sociale et en dehors du domicile.

L’absence de relations humaines directes, même si les nouvelles technologies peuvent s’y partiellement s’y substituer, peut être pesante dans ce mode de travail. L’employeur pourra organiser des séminaires ou des rendez-vous festifs réguliers pour rassembler les collaborateurs et tisser du lien, et ainsi contrer un éventuel risque d’isolement social.

 

Le télétravail partiel est déjà une réalité dans les ESN.

D’un certain point de vue, si l’on s’en tient à la définition stricte du télétravail, c’est-à-dire travailler en dehors des murs de l’entreprise, beaucoup de consultants ou d’ingénieurs pratiquent le télétravail au moins à temps partiel depuis longtemps en œuvrant chez leurs clients.

La question pour les ESN serait alors plutôt de savoir si un télétravail plus étendu serait envisageable, en réalisant notamment les périodes d’intercontrat ou d’activité interne en home office ?

Nous l’avons dit dans l’un de nos précédents articles, « le collaborateur, lorsqu’il est en mission, peut se sentir éloigné de l’entreprise qui l’emploie. Certains consultants avouent avoir le sentiment d’être parfois davantage freelances que salariés, se sentant délaissés par leur manager, voués à eux-mêmes face au client et leurs difficultés éventuelles ».

Les managers en ESN doivent être donc vigilants dans leur façon de gérer leur(s) équipe(s) et leurs collaborateurs, afin d’entretenir le lien avec la société qui emploie, et de donner du sens au travail, un des éléments essentiels à la motivation.

Le full télétravail en ESN doit-il pour autant être exclu en ESN ? Pas si sûr.

Tout semble être avant tout une affaire de personnes, de culture d’entreprise et managériale. En tout cas, on peut affirmer sans grand risque qu’il vaut mieux de ne pas imposer le télétravail.

Et si les métiers du numérique se prêtent plus que d’autres à ce mode d’exercice, on peut comprendre la prudence des entrepreneurs à sauter le pas, tant les équilibres sont parfois délicats en ESN.

La question de recourir au télétravail mérite d’être posée au sein de l’entreprise, de façon honnête et en gardant l’esprit ouvert, car s’il peut concourir à un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle pour les collaborateurs, le télétravail peut également être un moteur de croissance pour les employeurs.

 

Des exemples réussis de télétravail permanent dans des ESN : Trello et BoondManager.

Chez Trello, l’application collaborative de gestion de projets et de tâches en équipe, la décision de recourir au télétravail permanent pour 60 % de la centaine de collaborateurs est en effet un moyen de ne « pas se priver d’un talent rare sous prétexte qu’il habite à l’autre bout du monde »*, dixit Elizabeth Hall, ancienne vice présidente de la startup rachetée par Atlassian, et désormais — Business Partner dans cette société pour Trello.

logo Trello
Mais travailler sur ce mode a exigé des ajustements (personne ne peut travailler à plus de 6 h de décalage horaire par rapport à New York) et de la vigilance. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’un des problèmes quand on travaille chez soi, n’est pas de se mettre au travail, mais de s’arrêter. La RH fait très attention à ça, elle veille à ce que chacun ne travaille pas plus de huit heures de travail maximum par jour. En particulier pour ceux qui n’ont pas d’enfants. Il faut alors veiller à avoir une vie sociale à côté de son travail pour ne pas rester bloqué indéfiniment devant son écran » explique Alexia Ohenassian**, International Marketing Lead.

Aujourd’hui, Trello compte plus de 10 millions d’utilisateurs à travers le monde.

Autre exemple de télétravail réussi, celui de BoondManager, l’ERP des sociétés de conseil et d’ingénierie.
Dès sa création en 2010, les dirigeants de BoondManager, Tanguy et Anthony Lambert, ont souhaité se concentrer davantage sur le service que sur les aspects structurels. Anthony Lambert explique : « Nos équipes travaillent depuis maintenant 7 ans en télétravail à 100 %. Le télétravail fait partie de l’ADN de notre société mais surtout, cela satisfait pleinement nos 15 collaborateurs, répartis en France et dans plusieurs pays d’Europe. Nous connaissons très peu de turn-over RH. Toutefois, nous sommes conscients que le télétravail peut ne pas convenir à tout le monde.  Lors d’un recrutement, nous évaluons scrupuleusement la capacité du candidat à travailler en télétravail permanent. Par ailleurs, nous organisons toutes les semaines des réunions d’équipe en visioconférence ainsi qu’un séminaire par trimestre sur plusieurs jours (30 % travail, 70 % récréatif = 100 % plaisir). Nous encourageons par ailleurs nos collaborateurs à sortir le plus possible de chez eux durant leur temps libre et à conserver une vie sociale… ».

BoondManager, ERP des SSII, ESN, sociétés de conseil
BoondManager compte aujourd’hui plus de 10 000 utilisateurs dans plus de 280 sociétés et affiche annuellement une croissance à deux chiffres.

Crédits photos : beachboyx10 – Jemastock – Dmitry Guzhanin –  kubko / Fotolia.fr – stocking / Stocklib.fr

* https://www.maddyness.com/business/2017/01/11/teletravail-trello-elizabeth-hall/
** http://www.usine-digitale.fr/article/50-de-salaries-en-teletravail-un-choix-bien-negocie-par-la-start-up-trello.N354119

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