Parmi les ESN françaises, aucune n’emploie plus de 30 % de femmes. Pourtant, les entreprises de services du numérique et sociétés d’ingénierie s’inscrivent dans un contexte de pénurie de ressources. Leurs enjeux, en terme de recrutement, sont désormais cruciaux. La mixité de certains métiers comme l’ingénierie ou le développement informatique permettrait d’élargir le vivier de candidats de manière drastique. Ces secteurs ont plus que jamais besoin de femmes et d’hommes pour bâtir des infrastructures ambitieuses et développer les solutions digitales de demain.

Malgré la sous représentation actuelle des femmes dans ces métiers, elles se sont montrées pionnières dans le numérique. On pense à Ada Lovelace, qui fut la 1re programmatrice informatique, à Grace Hopper qui a découvert le « bug » ou encore à Margaret Hamilton qui conçut le système embarqué du programme Apollo. Aujourd’hui, les ingénieures ou encore les développeuses ne sont peut-être pas très nombreuses mais comptent bien faire entendre leur voix et surtout, servir de modèle aux générations futures. L’orientation, la formation mais aussi la lutte contre les stéréotypes sont autant de facteurs clés pour accélérer la mixité de ces secteurs.

Elles sont ingénieures…

Seulement 20,5 % des ingénieurs sont des femmes, selon la dernière enquête d’Ingénieurs et scientifiques de France. Pourtant, au lycée, on compte 50% de filles en filière scientifique. Pourquoi un tel écart ? D’abord parce que les stéréotypes perdurent : “les femmes ne seraient pas faites pour ces disciplines”, “le métier serait trop physique”… mais aussi parce que les prescripteurs, professeurs et parents, ne les poussent pas suffisamment dans cette voie.

Le Syntec Ingénierie, à l’occasion de la Journée Internationale des droits des femmes, vient de lancer une campagne collaborative sur les réseaux sociaux intitulée #jesuisingenieurE pour inciter ces femmes à prendre la parole, valoriser leurs compétences et encourager ainsi, les vocations. Elles ont été nombreuses à mettre en lumière leurs métiers avec des messages tels que “je suis ingenieurE et j’apporte ma contribution à des projets de mobilité durable” ou encore “je suis ingénieurE et développe des systèmes d’alerte et de gestion des inondations”. L’objectif du Syntec, à travers cette opération, est de donner aux étudiantes et lycéennes des “rôles modèles” visibles et inspirants.

Autre initiative, celle de l’association Elles bougent qui lutte contre les stéréotypes pour faire découvrir ces métiers aux lycéennes et étudiantes. En donnant la parole à des femmes ingénieures ou techniciennes, l’association souhaite transmettre la passion de ces métiers et susciter des vocations. Virginie, une des marraines, confie “Einstein disait qu’il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. Il est vrai que certains stéréotypes ont encore la vie dure : les garçons veulent faire de la mécanique automobile et les filles veulent devenir coiffeuses, institutrices, infirmières… Tout est possible, même de faire carrière dans l’aéronautique, à partir du moment où l’on ose !”

Elles sont développeuses…

Le développement web est l’un des métiers les plus recherchés actuellement. Pour autant 85% des candidatures sont masculines. Le métier de développeur est composé de 94% d’hommes et de seulement 6% de femmes ! Comment cela se fait-il quand on sait que beaucoup des pionniers de l’informatique étaient des… informaticiennes ? L’informatique est aujourd’hui seul domaine dans lequel la part des femmes est en nette régression.

Là aussi, de nombreuses initiatives en faveur de la féminisation des métiers du numérique ont vu le jour ces dernières années. Parmi elles, le Programme Femmes du Numérique a pour missions de promouvoir la mixité dans l’écosystème du numérique, de mettre en valeur l’attractivité de la profession auprès des jeunes femmes et de briser les stéréotypes. Les écoles de codeurs, de développeurs cherchent également à attirer les jeunes filles. L’école 42 de Xavier Niel, pour ne citer qu’elle, en est un parfait exemple.

woman freelance programmer working from home. website code on screen.

Karine, développeuse web chez BoondManager livre ses sentiments sur ces questions :

“Etre une développeuse, c’est se sentir parfois un peu seule dans un monde majoritairement masculin, mais profiter également de ce déséquilibre. Nous sommes forcément remarquées. Parfois, les collègues ne font aucune différence, mais on peut aussi tomber sur d’autres qui se demandent si l’on est légitime. D’autres encore sont ravis de ce que la différence de profil apporte, et c’est tant mieux ! Je ne souhaite pas être un stéréotype malgré tout : je rencontre parfois d’autres femmes dans le domaine, qui détestent obéir aux diktats de la mode alors que j’aime bien m’habiller, certaines qui veulent parler “régimes et bronzage” alors que mois, c’est plutôt “fusées et colonisation” … Bref la féminité est multiple et complexe, ici aussi 😉 Ce qui est encourageant, c’est le fait de pouvoir devenir une référence pour des petites filles qui aiment les mathématiques et les ordinateurs et qui n’ont pas envie d’entendre “ce n’est pas pour les filles, il n’y a que des hommes dans ces domaines” ! Dans le fond, l’important est d’être à l’aise avec soi-même, avec le fait d’être différente, et de pouvoir, malgré tout, trouver sa place.”

Code concept with young woman on a blue background

Et elles seront encore plus nombreuses demain ?

Pour tendre vers davantage d’équité et « accélérer la mixité », 25 réseaux économiques ont présenté leurs propositions pour remédier à la pénurie de main-d’oeuvre féminine dans les métiers du numérique. Parmi celles-ci, on retient “la promotion des rôles modèles féminins des technologies dans les collèges et lycées” ou encore “la création d’un environnement propice à l’accès des femmes aux cursus et aux métiers scientifiques et technologiques”. Syntec Numérique souhaite transformer le sujet de la mixité femmes-hommes dans les métiers du numérique en “Grande Cause nationale de 2018”.

25propositionsFH_Syntec-Numérique_2018

Dans les ESN, à travail égal et compétences égales, les femmes ont un salaire inférieur à 16 % à celui des hommes. La raison en est simple, les femmes sont fortement discriminées lors de leur salaire d’embauche, car il n’existe pas de grille qui permette de rationaliser le système et d’aligner les salaires des femmes sur celui de leurs collègues masculins. Dans ce contexte, le gouvernement fait de la féminisation des études scientifiques une priorité, en fixant un quota de 40 % de filles dans les filières scientifiques.

212 000 postes devraient être à pourvoir d’ici 2022 dans le secteur du numérique, avec des emplois à 90 % en CDI.  Pourquoi priver ce secteur de la force de proposition et d’innovation de 50 % de la population ? Une prise de conscience et une mobilisation collective seront indispensables. Mesdames, messieurs, la mixité dans le monde de la tech ne fait que commencer…

2 réactions au sujet de « Ingénieures, développeuses : quelle place pour les femmes dans les ESN ? »

  1. SCHERER Pascal Réponse

    Bonjour
    merci pour ces nouvelles !!!
    nous avons 25 postes sur Lille, 10 sur Strasbourg, 5 sur Lyon et 10 sur Toulouse
    le mail de contact est recrutement@actif-solution.com

    nous sommes de taille humaine, mais avons 17 nationalités !
    la féminisation de notre entreprise est le premier de nos axes stratégique

    Pascal

  2. Jeanne Réponse

    Totalement logique : comment voulez vous gérer une vie familiale digne de ce nom quand vos missions vous emmènent loin de chez vous, quand votre client ne veut pas entendre parler d’un 80% ou quand il n’y a aucune tolérance aux congés posés au débotté en cas de maladie d’un enfant ou de grève de l’école ? Les SSII broient les gens et encore plus les femmes. Je déconseille fortement aux femmes de faire de l’informatique car il est très difficile d’en faire hors SSII.

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